5 janvier 2020

Départ. Je vais pour partir avec Alexandre de la boulangerie, et je me demande si j’ai bien pris le billet d’avion… je regarde vite fait dans la voiture, rien. Retour à l’appart… je regarde partout rien… je sors tout de la voiture, c’est passé derrière la valise, je l’avais par dessus et il a glissé… ça commence bien ! Je suis large en temps, je me connais.

Je retrouve Nanou à l’embarquement, et en donnant la valise je m’aperçois que je n’ai pas marqué mon nom dessus… espérons que ça fonctionne bien… grand soleil, belle traversée des Alpes puis 5 heures d’attente à Rome. L’avion pour Buenos Aires est confortable mais déjà au bout de 7 heures passées à regarder un film et essayer de dormir ça paraît long… surtout sur les jambes j’ai pas pris de chaussettes de compression…con…reste encore 7 autres heures à y passer.

6 janvier

Arrivée en pleine nuit à Buenos Aires, on a pris de suite un taxi qui nous a emmené à l’autre aéroport. Le billet a posé problème car au final j’étais dans la machine pour 12h25.. et mon billet pour 6h25…. mais après avoir doublé toute la file à la douane je suis dans l’avion prévu, prochaine escale Ushuaia 

et Nomad IV !

Arrivé au bateau, je me demande ce que je fais là !  Le bateau est énorme, beaucoup plus gros que ce que je me souvenais. Dire que je vais aller sur ce monstre dans un des endroits réputés les plus durs de la planète… Il me faudra un bon quart d’heure pour que les sensations redeviennent normales. Faut dire que rien que de regarder la bôme qui doit bien faire 15m minimum et le mat à 47m au-dessus de l’eau, ça a de quoi déstabiliser.  Mais je ne chôme pas : j’aide à ramener les courses puis lavage et démontage du zodiac prêté pour y mettre une nouvelle en meilleure état. Le soir tout l’équipage ainsi que Claude et ses 2 filles pars manger en ville. Elle et son mari ont un voilier qui rentre de 3 semaines en antarctique avec des clients.  Dernière photo et hop une bonne nuit.

7 Janvier

8h douche géniale et petit déjeuner. 9h 15 On pars avec Nanou faire les courses de liquide… 4 chariots pleins et 30 bouteilles de vin plus tard, Jean-Paul nous ramène au bateau, la voiture a une garde au sol de compétition ! Dois bien y avoir 400 litres…

Ensuite je m’attelle à tout ranger une vraie gageure…  A 14h15, fin. Tout est rangé au chausse pied… le bateau d’Éric arrive et se met à couple. On discute un peu puis sandwich de midi et la pluie arrive. L’après-midi est cool, on finit en aidant Julia la cuistot à ranger les légumes et mettre les cartons aux poubelles. Puis visite du club housse qui fait bibliothèque à l’étage très agréable. Chacun laisse un ou plusieurs livres et à la possibilité d’en prendre.

Philippe le capitaine, le copain de 20 ans d’aventures de Jean Paul, a essayé le moteur hors-bord de la nouvelle annexe, et forcément il coupe au bout de 2 minutes. Espérons qu’on l’aura avant le départ, prévu demain 12 heures. David et Pascal les architectes du bateau sont arrivés et avec Leo l’équipier du bateau revenu de l’antarctique l’équipage sera au complet. Agota est notre steward et Balàzs (prononcé Balash) son copain est le second du bord. Il est l’ingénieur qui a suivi le chantier du Nomad6, le cata à foils. La semaine dernière il s’est pris le mou de l’écoute de gv dans la tête, et a eu une commotion cérébrale. Heureusement après IRM et 2 jours de repos tout va bien… le soir on pars manger, nous avec la voiture de location, et le reste de l’équipe en taxi, nous sommes 11… et on se trompe de restaurant…bien 😂 ! couché minuit et bon dodo sous la pluie.

8 janvier

 La nuit j’ai eu trop chaud, j’ai dormi en dehors du sac de couchage. Le matin à 7 heures, je sors sous pluie vers la bibliothèque, voir les mails et Facebook. Puis petit déjeuner et ensuite on s’occupe de sortir l’amarre (150m) d’un bidon plastique pour la réintégrer dans un plus grand. Philippe la range, et moi je lui déroule, mais on fait moins bien que le prédécesseur, qui devait être un professionnel… 4retour pour l’amarre dans la soute avant, et départ à midi. On a récupéré le moteur hors-bord in extremis. Au revoir aux personnes du port et au voisin Vahaiere. Descente du canal de Beagle d’abord au moteur puis on déroule le j1 .15 nœuds de vent à 170 degrés on descend droit à 12 nœuds. 20 minutes plus tard, on coupe le moteur, le vent monte à 20 puis 25-30 nœuds. Le bateau fait toujours 12 nœuds. On mange bien, mais on met les gants étanches pour avoir chaud, car même s’il fait 10-12 degrés, sous la pluie ça fait froid. Vers le début de l’après-midi on arrive à l’anse Mac Kinley. On mouille pour se mettre à l’abri du coup de vent. On a 30 nœuds puis ça se calme. Le tarot est sorti, et Julia  débutante, fait ses premières parties. Apéro briefing sécurité, puis repas tous ensemble à 20h. Le vent après une accalmie remonte régulièrement à 30 nœuds passé, le gréement se met à vibrer comme un didgeridoo australien ou au réacteur d’avion, au choix. Vers minuit Philippe le capitaine nous envoie tous au lit, demain c’est le vrai départ.

9 janvier

1h30 du matin. On entend le guindeau lâcher de la chaine … rallonger le mouillage…tous les chefs de quart sont sur le pont…j’attends le bruit du moteur qui démarre mais rien, ouf ça ne doit pas être si grave. Vers 4h du matin le capitaine vient chercher Franck pour faire un quart de veille. A 6 heures 30 je suis réveillé avec Nanou, on monte dans le carré. Philippe nous apprend que le bateau a dérapé sur 120m et qu’ils ont remis 15m de chaine de plus. 100 m pour 12m d’eau…petit déjeuner cool, sieste, et vérification des gilets. On a regardé le routage puis manger. Sieste de nouveau, suivie à 3 heures par la partie de tarot tellement attendue par Julia. Franck gagne devant moi. A 17h30 on arrête, faut qu’elle fasse le diner.


Nous partons démonter l’annexe restée sur le pont avant, et son moteur coule toujours de l’huile… Puis apéro briefing sur le trajet prévu, Jean Paul nous offre à chacun de nous une carte de l’antarctique afin qu’on puisse si on le veut noter notre périple. Repas toujours aussi délicieux de Julia, puis discussion et au dodo. Le vent est bien tombé, de 48 nœuds au max à 15 nœuds, ça devrait être une bonne nuit. Le départ est prévu pour midi mais on doit être prêt à 11h, vu que la chaine doit être pleine de Kelp, grosses algues du coin…

10 janvier

Au lever mer plate on dirait un lac, pas de vent et grand soleil. Je me suis réveillé juste à temps pour le petit déjeuner, j’ai pris ma dernière douche avant de partir. On flâne jusqu’à 10 heures 30 puis on bouge… je m’occupe d’enlever les algues sur la chaine et je finis étendu sur le bout dehors avec le couteau à pain pour couper le Kelp. On part au moteur, puis on mange au milieu du Beagle. Soudain Pascal nous crie Baleine ! On monte tous en courant mais trop tard… puis on hisse la gv avec 1 ris et on envoie le j1. Jean Paul essaye de passer en territoire chilien au plus court mais nous sommes vite ramenés à l’ordre par la radio.. du coup bord de près de 10 milles par 15 nœuds de vent. Nomad4 aligne 11 nœuds en configuration expédition, à 26 degrés vent apparent… sacré machine. On contourne l’île chilienne, puis je prends la barre et on envoie le code 0. Descente vers Le Cap Horn à 12 nœuds. Leo Nanou et moi on a le premier quart de 2 heures. Cap vers 185 190 degrés. Il est 18 heures. On mange sur le pont dans nos assiettes à soupe, et c’est toujours délicieux ! Notre prochain quart est à 2h du matin, la nuit est là. Je barre un peu car peu de vent, mais bien vite c’est le pilote. Il y a 13 nœuds de vent à 140 degrés, mais notre cap n’est pas bon plutôt 150 degrés… la lumière est devant nous, tout est lumineux comme si le soleil se levait au Sud. Légèrement rougeâtre sur l’avant bâbord.  A la fin du quart, il fait jour.

11 janvier

Je me réveille vers 7h30, écris un peu et je me lève prendre le petit-déjeuner. Au changement de quart Jean-Paul/Pascal, avec Franck et Balàzs ils lâchent le ris de la gv. Je pars dormir dans la cabine arrière car c’est plus confortable, puis retour en quart. Je barre pratiquement tout le long, il y a 15 18 nœuds et on file 12-13 nœuds toujours vers le 150. La houle pousse le bateau au surf, même si elle n’est pas haute, 2m, je m’amuse à trouver l’équilibre entre les le données électroniques, cap vitesse angle, et la houle et les penons des voiles. Des fois tu t’y perds mais c’est top.

Midi fin du quart, on fonce manger. Nanou dort directement, moi je lis un peu puis je ressens le sommeil arrivé, et je vais dormir 1h dans la cabine. Au retour biscuits, discussion philosophique sur la récupération sportive, et les gars installent en plus le j3. Au début de notre quart on passe la zone de convergence de l’antarctique. En deuxième partie du quart la température baisse ainsi que le vent. 11 nœuds… un peu d’harmonica avec Pascal et Leo, et avec l’arrivée du quart suivant celui de Jean Paul, on roule le j3 on reborde et avec le vent vitesse et une légère bascule le bateau s’accélère et repart droit dessus avec un nœud de plus, soit 10 nœuds pour 12 de vent… il sait s’en servir de son bateau !

Les autres sont dans le tarot. Nous on va manger à la gîte. On rigole comme des tordus puis pipi dehors, on a un souci avec le desalinisateur, donc on garde l’eau au max.

Dimanche 12 janvier

J’ai du mal à me réveiller, mon corps veux dormir lui… hier soir, David a joué du ukulélé c’était sympa d’entendre ça, mais ce matin c’est difficile, malgré que je me suis obligé à me coucher tôt, à 10h30. Ça caille vraiment.

J’ai rajouté la couche en plus en mérinos sur le haut, les sous gants, le bandana de ski de fond, le masque poudreux et le sous casque néoprène. Dès le début du quart plus de vent, ça tombe à 5 nœuds… on essaie code0 bordé et moteur, et finalement on le roule. Je lance le moteur et quelques minutes après on nous demande de stopper, il y a un problème. On a une entrée d’eau dans la salle machine… Redémarrage, l’étambot à 2400 tours prend de l’eau, pas à 2100…ok pour 2100. On a le lever du soleil rougeoyant, et on a l’impression de voir un relief dessus… après vérification sur la carte 150 milles.. ça fait beaucoup ! On fonce droit sur l’archipel des Melchior, arrivée prévue dans 21 heures à peu près. Pipi dehors et enfin Dodo…à 6h une bonne odeur d’œuf au plat m’arrive quand Franck laisse la porte ouverte pour aller prendre son quart. J’essaie de résister, mais peine perdue, je me lève

m’en fait un puis repart au lit. 10 heures nouveau quart. Le bateau est sous l’autre amure au près aidé par le moteur dans 10 nœuds. On file droit sur notre objectif l’ancienne base de l’archipel Melchior. Le quart de Jean Paul arrive et nous relève, on part manger et dormir. A 16 heures je me réveille, et vais dans le carré où une partie de tarot se finie. Au bout d’une demi-heure je vois le quart s’agiter, et chercher l’île Smith des yeux. Ils cherchent devant. Je sors, je regarde par le travers et je tombe sur une montagne…. 1500 m de haut entourée de nuages. Nous sommes arrivés en antarctique ! 62 degrés 56 s et 63 degrés 28 w…. le tout dans un temps de cinéma. La traversée du Drake est quasiment finie ! Il reste 80 miles pour arriver au mouillage soit en gros 8 heures. Vers 1h du matin on arrive à l’archipel Melchior, de gros iceberg sont là. Je vais à l’avant avec Balàzs pour regarder les glaçons devant. Sans encombre nous rentrons dans la baie Saint Jean, et nous mouillons ici. Un petit iceberg est échoué, nous effectuerons des quarts de veille. Une fois la pioche posée c’est Champagne ! Pascal essaye d’avoir Christophe Auguin qui a mouillé à 500 m de là, on voit son mât. Demain c’est une nouvelle étape, la ballade en antarctique !

Lundi 13 janvier

Calletta Saint Jean. On reste encore de quart toute la nuit, histoire de surveiller l’iceberg. Au matin, dur de se lever pour le petit-déjeuner. Puis rapidement on part installer les bâches. Vers 13 heures, on a installé la bâche avant et sortie toutes les bâches latérales. Il ne fait pas froid du tout, on travail quasiment sous un soleil voilé. On part manger, et la pluie arrive. Je me mets sur les bâches latérales, j’installe les barres de métal ( rod rigging coupé de récup) qui servent de lest, et je coupe les bouts pour les accrocher. 16 bâches au total, on fini en fin d’après-midi pour tout l’ensemble. Puis, vers 19 heures 30 on pars avec l’annexe visiter le canal. Au petit matin on a vu Antipode, le bateau de Christophe Augain, qui sort du mouillage dans le canal. Il part pour Ushuaia et nous dit qu’il va se faire secouer à la fin vers le cap Horn. Le soir, apéro et après le repas, partie de tarot jusqu’à 11h30. Enfin dodo..

Mardi 14 janvier

3 heures du matin je prends le quart d’une heure de vérification de l’iceberg qui bouge au mouillage. 7h30, on part sous la pluie. Les bâches tiennent mais à 7 nœuds elles bougent, donc on les remonte. Une personne fait le barreur en reste à l’avant, annonce la direction à prendre par radio à l’autre personne qui est à la console de barre, qui lui ne voit pas bien 30 m devant surtout de l’autre côté du bateau, à 8,30 m de là…

Rapidement le brouillard tombe, et on réduit la vitesse à 5 au lieu de 7 nœuds. Puis arrive à un passage de bruch, on baisse les bâches. On zigzag à travers, Nanou à l’avant, moi à la console.

Rapidement après le passage de la pointe Van Ryswyck, vers l’île de l’Astrolabe, dans le Gerlache Straitun, passage délicat à 2 nœuds et moins. Jean Paul récupère la barre je fonce récupérer la gaffe, on va pousser les blocs de glace… certains font presque 1m faut les bouger pour ne pas abîmer trop les bâches. A la fin du passage, au bout d’une heure à peu près un dernier gros bloc de 6-8m frôle le bateau par bâbord, moins d’un mètre, puis cela s’ouvre à nouveau. Fin de notre quart, on remonte à 5 nœuds direction le chenal Neumayer, et l’île à l’entrée Lion Island. A l’entrée du chenal, on y croise un paquebot. Les croisiéristes nous applaudissent ! De là le brouillard se levait et nous entrâmes dans le chenal, c’est superbe avec les glaciers et les montagnes qui nous entourent. J’ai rarement fait autant de photos que ce jour. Régulièrement Nanou et moi sommes aux gaffes pour pousser les blocs de glaces, et à la fin nous arrivons à Port Loctroy, une ancienne base française passée anglaise avec un petit musée… C’est aussi la poste la plus Sud du monde. Nous arrivons juste trop tard pour y aller. On essayera d’y aller demain matin même si le nombre de visiteurs est complet, il faut prendre rdv… paquebots oblige ! David, Pascal et moi allons avec l’annexe faire un relevé de profondeur sur l’évitage. Un haut fond est à la limite et vu les petits icebergs qui vont et viennent, on va continuer les quart cette nuit aussi.

Mercredi 15 janvier

Normalement je devrais être peinard cette nuit, j’ai fait ma part hier et vu que nous sommes 3 de quart, cette nuit je dors. 3h… Nanou vient me réveiller le mouillage est envahie par les icebergs. Je m’habille à toute vitesse. Sur le pont, Jean-Paul joue du moteur. C’est un petit iceberg de 10m facile, qui nous arrive droit dessus. Leo et moi sautons dans l’annexe. Avec la gaffe et ses pieds il le pousse, et moi au moteur j’accélère. On arrive à l’enlever de l’étrave du voilier, mais finalement on lève l’ancre

il y en a trop qui arrivent. Jean-Paul nous renvoie à nos couchettes, la direction c’est le canal Lemaire ! Au lever nous sommes à l’entrée, dans le brouillard qui se lève, ça se remplit de glace. On travail de la gaffe, mais c’est bloqué à l’entrée…

 Du coup on change et on va mouiller à Port Charcot. Zigzag entre les icebergs où l’on aperçoit des zodiacs d’un paquebot qui traquent une baleine. Arrivé au mouillage, personne, on va avec Leo mettre des amarres à terre. Dans la nuit le vent doit monter. On descend à terre, ça crie, il y a une colonie de

pingouins. On monte tous ensemble au cairn que Charcot a monté à la mémoire de ceux qui sont morts en antarctique. J’escalade le cairn pour mettre le bonnet du bateau. Ça branle, je redescends.

On a un voisin qui arrive, un voilier qui était à couple à Ushuaia la semaine d’avant. C’est Fernande un bateau de 20m… le j1 de  Nomad  IV doit être plus grand que toutes ses voiles ! Et il a 2 mâts ! Jean-Paul me dit qu’à l’époque c’était un maxi, il était l’un des premiers bateaux de la course autour du monde… il ressemble à un tout petit bateau à côté du Nomad IV!

Apéro, puis on mange et personne ne chouine, on va se coucher. On fait des quarts vu que le vent doit monter. On descend juste avant le code 0, sous une petite pluie et un bon rafraîchissement qui annoncent le coup de vent. On fera des quarts de nuit tranquille.. Jean Paul et Philippe regardent la météo du retour dans le Drake. Ça va être sportif la fin, annoncé 40 nœuds au Cap Horn. On partira

dans 2 jours, car après c’est l’orgie pendant plus d’une semaine à 50-60 nœuds. On n’a pas le choix de la date du départ.

Jeudi 16 janvier

Lever à 8h 15 difficile. Ça commence se sentir la fatigue quand même ! Un petit déjeuner avec œufs au plat, jus d’orange pressé et douche chaude, ça requinque, qui a dit que l’Antarctique est difficile à vivre ? Départ à 9 heures dans la grisaille. On passe à travers le cimetière d’icebergs, et on y retrouve qui ? Un paquebot bien sûr ! Un zodiac remplit de kayak de mer nous double même ! On arrive à l’entrée du

détroit… va t on passer ? C’est plein d’icebergs et de glaces, plus du vent qui a tendance à monter. On y arrive, on passe à 3m de certain iceberg et à l’entrée on croise un autre petit paquebot, Expédition. Il fera demi-tour derrière nous il n’osera pas sortir par où nous sommes passés ! On y croise deux baleines… à l’intérieur du détroit plus de glaces du tout !

 À la sortie, le soleil se lève, et le vent monte. On part manger, on a remonté les bâches, et on pensait dérouler le j1 après. Au dessert, on nous demande de baisser en urgence les bâches, on arrive sur un petit passage remplit de glaces. Il y a 20-25 nœuds de vent dans le cul, il pousse fort, le bateau va plus vite qu’on ne le pense… ça se referme de suite devant, et on se retrouve projeté sur des glaçons de 3-4m…  marche arrière,  les blocs de derrière vont passer dans les safrans, surtout pas ça… pas le choix en avant, ça tape fort, arrache les bâches, mais ça passe… aïe pour la coque. Au revoir Paradise Harbor, on va plutôt mouiller dans une baie protégée proche de Port Loctroy, Serenity Bay, pour vérifier les dégâts. Rondinara mais de glace.

Inspection du bateau, les dégâts sont moins graves que ce qu’on pouvait le supposer. Ouf ! Bière, apéro pour fêter ça ! Jean-Paul nous fait un briefing du retour, ça va être la guerre au cap Horn ! 1 bière et 2

Ricard plus tard, on va manger, et moi avec les moineaux. A la fin du repas, Balàzs monte sur le pont, et nous appelle en criant Orca ! On fonce tous sur le pont avec les appareils photos. Je vois bien les bulles en surface de 2m de large, et entend le souffle, mais rien d’autre… Décidément, l’Antarctique ne se laisse pas découvrir facilement.

David nous fait une sélection de ses photos du jour au digestif, puis dodo avant le quart de nuit.

Vendredi 17 janvier

2 heures. Je prends mon quart de surveillance pour la glace. Un grand crack, et un piton de glace bien gros tombe dans l’eau.  Sinon RAS, à 7 heures 30 heures, normalement je dois aller voir à Port Lecroy en zodiac si l’on peut accéder avec nomad4 sans les bâches. Le lever de soleil est superbe, on a du mal à aller se coucher tellement c’est beau. 7 heures, on me dit de rester au lit car la nouvelle météo est bien mieux, et donc on peut rester un jour de plus, youhou !

On part pour Paradise Bay, voir les baleines et ce sous un soleil éclatant. Je suis du coup devant un petit moment, puis je récupère le poste de vigie à l’avant pour les glaçons. Le vent monte à 18 nœuds de face, on passe entre une île et l’autre, avec un haut fond et des glaçons, et ça caille… puis je reprends la console, Balàzs viendra me remplacer à l’avant. Écouter des informations en anglais par VHF avec le vent n’est pas évident, en donner aussi, mais heureusement on ressort dans le Gerlach nickel. Là le vent tombe, et ça devient facile. Après manger, des orques viennent nous voir, ils sont 5. C’est la fête à la photo à bord !

On arrive sur Fergusson Channel, l’entrée de Paradise Bay. On navigue dans des passages avec des glaçons, on joue un peu des gaffes. On s’arrête enfin à la base Argentine Brown. A notre arrivée à terre, nous sommes accueillis par Astrid, une femme qui fait la saison ici depuis 5 ans. On part

marcher sur la hauteur, et voir le panorama. C’est fantastique de beauté ! Nous redescendons à la base, envahie de pingouins, petits tampons sur le passeport, et hop on repart.

Au milieu pas de vent, Leo sort son drone et fait des images du bateau sous voile dans la glace. C’est beau. On part essayer de mouiller dans une baie de l’île Bride, à la sortie de Paradise Bay. C’est 7 heures du soir, et plein de glaces. Je suis devant pour faire le guetteur, et il y a bien du boulot ! Stressant… on fait demi-tour, on cherche un passage pour retrouver le Gerlach Channel, c’est compliqué mais ouf ça passe. On va naviguer pour aller mouiller à nouveau dans l’archipel de Melchior, ce qui veux dire avancer cette nuit… c’est parti. Au milieu du Gerlach, on mange tous ensemble, et le bateau est sous pilote, et on a relevé les bâches. Coucher de soleil fantastique, et la nuit arrive. Pendant mon quart de

2 heures, on mouille enfin à Melchior, à l’entrée, à côté d’une base Argentine, Puerto Interior. Le premier mouillage n’est pas le bon mais là c’est top entre 2 îles. Au dodo complet.

Samedi 18 janvier

On fait la grasse matinée. Lever 9h30. Petit déjeuner, et ensuite on enlève toutes les bâches latérales. Nanou, Franck, Pascal, Leo et moi on s’y met, les autres travaillent sur le moteur et règle la fuite de l’étambrai. Puis viens le tour des bâches avant. Franck et moi montons dans le zodiac, il faut enlever les mousses de protection avant de pouvoir enlever les bâches. Les bout de l’avant sont bloqués, j’y vais au couteau sous l’eau afin de pouvoir enlever la bâche protégeant la chèvre. Puis vient le tour des côtés, chaque attache ouverte est une petite victoire, car c’est souqué et mouillé donc difficile !

Puis, on fait glisser la bâche sur un côté, on la laisse couler, et on la soulève tranquillement sur la drisse à l’hydraulique de l’autre côté. On range les bouts et les barres de rod qui servaient de lest. Tout est prêt pour la traversée retour.  Alors apéro, puis déjeuner. Sieste, et à 16 heures petit tour d’annexe histoire de visiter l’archipel Melchior. On passe dans les petits canaux, et on essaie de faire depuis le zodiac un selfie, nous sommes sur un iceberg avec le bleu de la glace sous nous, c’est grandiose, on s’amuse comme des gamins à l’aire de jeu !

Un bateau de guerre genre remorqueur est arrivé ce matin, il nous observe toute la mâtiné. Tous les quarts d’heure un zodiac passe, nous faisant des grands signes en guise de bonjour, ce n’est pas souvent qu’ils doivent voir un voilier comme Nomad4, sûrement même une première ! En fait, il est là pour décharger à la base Melchior des vivres pour 4 semaines en vue de sa réouverture. Il y a obligation d’occuper les lieux quelque jours par an, il me semble, pour garder la souveraineté sur le territoire. Je n’ai pas été là-bas, mais les autres sur le deuxième zodiac ont pu la visiter, ils aménagent pour 3 semaines. Une bonne douche, et départ pour Ushuaia ! La traversée s’annonce assez facile, au départ un peu de vent d’est, puis pétole et rotation à l’ouest avec 20-25 noeuds pour Le Cap Horn.

Les prévisions donnent la dépression en retard par rapport à celle d’hier de presque 6 heures, d’où le créneau avant la baston. Nous partirons donc ce soir.

A la sortie de l’archipel on envoie de suite la gv avec 1 ris. La houle est là, 2m. Juste devant l’étrave, un iceberg haut comme au minimum 2 fois le mât de Nomad 4, soit plus de 100m de haut, impressionnant. On mettra un peu de temps à hooker, on finit à 50m…. chaud ! Puis on envoie le j1. Le bateau tape beaucoup c’est pleine face, et assez désordonné. Julia part de suite, malade. Je fais la vaisselle, moi ça va.  Juste après je le sens moyen… je n’aurais pas dû manger autant, et j’ai oublié de prendre le médicament contre le mal de mer, quel c… tu pars traversée le Drake, un des endroits réputés pour être dans les plus difficiles si ce n’est le plus  dur de la planète, et tu oublie le médoc…nul.. Je pars me coucher pour me reposer avant mon quart de 2 heures du matin.

19 Janvier

Au lever de mon quart, c’est toujours moyen je prends un médicament. Le vent est toujours 15- 20 nœuds, la mer toujours là, je tiens 1 heure sur le pont, très clairement je ne sers à rien dans mon état, je vomis, je m’étends, et finalement abandonne mon quart à la moitié, ils gèrent les 2, je vais me coucher. Il fait un froid de canard, je vais à l’avant récupérer mon duvet que je n’ai pas ramené dans la cabine arrière, celle utilisé pour la traversée.  Le bateau est un peu moins penché, j’essaye la traversée du salon de pont en chaussettes (je suis nul sur ce coup.. mais trop dur, malade, de mettre les bottes) en m’accrochant à la table, mais au milieu je me retrouve par terre. Je me mets à 4 pattes et là le bateau m’envoie péter à 2m…. La réception sur la cheville gauche me fait mal, Balàzs qui dormait dans le carré viendra à ma rescousse, et va me récupérer le duvet. Je retourne me coucher au chaud. Au nouveau quart, je revomis encore mais j’arrive à rester dehors tout le temps, quasiment tout le temps allongé, je sers toujours vachement…

La mer monte, le bateau tape de toute sa puissance, on a l’impression qu’il rentre en collision avec un camion… tout est vibration, les plafonds de certaines chambres tombent. La mer est croisée avec 3 à 4m de creux. Deux fois j’ai crû qu’on avait touché un gros glaçon ou autre, le bateau ayant fait un pitstop, mais non… puis vient à nouveau l’heure de mon quart. Ça va mieux, mais pas parfait. Je mange une tranche de pain grillé, mais ça repart… malgré tout je fais un quart correct. Je remange un tout petit peu après, et fonce me coucher à nouveau.

Lundi 20 janvier

Enfin, au quart d’après, la mer se range et ma tranche de pain reste dans l’estomac. Au suivant je mange à la sortie de la purée de pommes de terre et carottes ainsi que du saucisson, ça fait du bien ! Le vent a molli et il a tourner, nous sommes dorénavant au moteur, vent dans le cul avec 12 13 noeuds.. cap au 000 c’est pas courant !

A la prise du quart de Jean Paul, j’ai de la peine de lui laisser au moteur… il regarde, redescends à la table à carte puis sort. On lofe de 25 degrés à bâbord, on déroule le j1, même pas le code 0, et on se retrouve à 12 nœuds à la voile.  Avec le vent vitesse on arrive même à regagner 10 degrés.  A heure après, telle que la météo l’annonçait, le vent tourne et nous sommes au cap…personne mieux que lui ne sais quelle configuration de voiles mettre, et il assure côté nav… c’est pas son bateau pour rien, il assure le chef ! Je pars dormir, et au réveil je vois le soleil : chouette ! je me sens bien, je remange, que dis-je, je dévore ! A la fin du quart de Jean Paul, on renvoie le code 0. C’est une opération qui durera plus d’une heure quand même. La voile est lourde, et sur ce genre de voilier tu n’as pas le droit à la faute : ça peut vite virer à l’accident, donc tout est re-revérifier, au moindre mal tu perds 1 heure de travail à 5 épuisant pour les équipiers d’avant !  Je rentre dans le bateau me reposer et, en lisant, je vois d’un coup Balàzs sortir en courant en chaussettes avec un marteau à la main.. il fonce sur le hale-bas, l’axe qui le maintient est à moitié sortie, la goupille a lâché… quelques coups de marteau plus tard et du grey tape, c’est tout bon ! Sacré Balàzs toujours sur le coup !  A 29 ans Il est impressionnant de savoir et savoir savoir-faire, d’attention continuelle, de travail, tout en restant d’une gentillesse absolue… chapeau bas ! Mais le hachis Parmentier de Julia nous attends, on mange à 9 autour de la table, confortable, le tout à 13-14 nœuds.. vive Nomad IV !

Nous sommes en retard sur le routage malheureusement, et un chariot de gv s’est décroché, il va falloir réparer. Nous regardons dans la jumelle car c’est haut, le mât culmine à 47m, et même comme ça nous ne voyons pas bien les dégâts. On roule le code 0 et on des descends la gv. Pascal monte vérifier, ouf, que de l’apprêt et de la peinture.  Le mât est très fin, 2ou 3 mm de carbone en moins pourrais le rendre fragile…

Leo refait le lashing et on remonte. Ça prend là aussi presque une heure. Faut voir qu’il faut enlever la pression sur la drisse du code 0, enlever de la bastaque, enlever le cuningham et du hâle bas, faut réparer, puis remonter la gv, reprendre tout pour pouvoir dérouler…. le temps passer à la manœuvre est proportionnel à la grandeur du bateau  : ce qui est fait  en 1 quart d’heure sur un 30 pieds, là c’est une heure…

Après ça, c’est le bonheur ! le soleil est là, le vent monte à 15-20 nœuds, puis 22-24 nœuds, à 125-135 de la route, et la houle de 3m qui s’y met, elle pousse… on arrive en pointe à 18,7 nœuds. 4 heures à 15 nœuds de moyenne, tout le monde est content et dehors, sauf Julia la pauvre aux fourneaux à la gîte…

Arrive notre quart le vent commence à faiblir, et la nuit tombe tout doucement. Le vent passe à 12-14 nœuds, c’est sûr on sera en retard au Horn. On devrait rester devant la dépression, mais ce ne sera pas avant minuit, on n’y verra rien… dommage. 

11h30.  Nous sommes à 10 milles. Le cross chilien nous appel en nous parlant d’un danger droit devant.  On zoome sur la cartographie, rien.  En fait ils ne veulent pas qu’on passe à moins de 6 milles… zut… Jean-Paul prétexte le vent pour continuer, car nous sommes en train de réparer la fuite dans la cale moteur… ok… pas à moins de 3 milles alors nous disent ils…

Mardi 21 janvier.

On le passera à 1h30 du matin. On passera à 2 milles du coup. Tout l’équipage est joyeux, heureux

d’être là, et de ne pas se prendre de mauvais temps de nuit.  On ne le voit pas, à peine une ombre, et la lumière du phare. Nous attendons tous que Jean-Paul nous dise que c’est fait.  Il remonte de la table à carte, ça y est, nous venons de passer Le Cap Horn !  On s’embrasse tous, se congratulent, et Philippe ouvre le Champagne. On passe à 10 nœuds, dans 9 nœuds de vent, à 80 degrés soit très serré, avec le code 0. Limite hallucinant de se dire qu’on passe Le Cap Horn, avec un verre de Champagne à la main, sur un des plus beaux voiliers de course croisière actuelle, si ce n’est le plus performant !  Et ça, en famille en plus ! 

À l’entrée de notre quart, 2 heures du matin, tout l’équipage s’active pour préparer le bateau pour la suite avec la venue du mauvais temps. On roule le code 0, on le baisse, puis c’est le tour de la gv. Leo monte dans la bôme, un oiseau sort en volant tout autour du bateau et reviens dedans. En fait ils sont 2, l’un d’eux n’est pas bien, d’où la pause sur le bateau …

On les recueille dans un carton avec des petits morceaux de biscuits, ce sont des damiers du cap. Leo finit de zipper le lazy jack, nous sommes au moteur, safe. On passe entre 2 îles et cap à gauche au Nord, face au vent qui monte. Nous sommes sortis de la zone dangereuse, avant le mauvais temps, ouf !

Il se met à pleuvoir, ce n’est pas très agréable de recevoir les gouttes d’eau, par 25 nœuds de vent apparent. Nous remontons en plein territoire chilien, et nous n’avons pas de sortie internationale, va bien falloir s’arrêter plus tard à Port Williams pour régler les papiers…  A la fin du quart, je ne demande pas de rab, je fonce me coucher. 7h30, un changement du régime moteur me fait penser qu’on mouille, je me lève, mais non. On passe

entre les 2 îles où à l’aller le Chili par la vhf nous avait interdit de passer…revoir du vert, de la végétation, ça fait du bien, comme à chaque fois que tu restes en mer longtemps. On va faire une escale à Porto Toro, le village le plus Sud du monde. Dis comme ça, ça paraît le bout du monde, et pourtant, c’est l’entrée du Beagle, pratiquement notre arrivée du voyage retour ! On y arrive vers 8 heures du matin, sous le soleil, sans vent. Une jolie petite baie bien protégée, un ponton et 3 voiliers dessus, dont un français qui a été à couple à Ushuaia, un amel 53.  On ne perd pas les bonnes habitudes, on mouille au télémètre, le ponton ce n’est pas possible pour le Nomad IV. On fait le petit déjeuner, puis on largue les oiseaux recueillit au cap.  On dépose le carton à l’arrière, on le bascule ouvert. Ils sont terrifiés, se blottissent tout au fond. Finalement le premier part, à tire d’aile sans demander son reste… mais le second mets plus de temps. 5 minutes après, il s’envole terrorisé et maladroitement, tombe à 3 m du bateau. Il se remet face au vent, redécolle sans demander son reste. Le couple est à nouveau ensemble, drôle d’histoire pour eux ! En mouillant, nous nous sommes aperçu que la baille à mouillage était remplie d’eau, une tonne d’eau facile. Jean Paul à l’aide de d’une gaffe débouche la crépine. Elle est bouchée par les tampons absorbants qui ont été utilisés pour réparer la fuite d’hydraulique sur le j1, au départ de l’antarctique. Ça coule longtemps ! Dire qu’on avait au moins une tonne d’eau tout à l’avant, et que nous étions quasiment à 20 nœuds ! Quel monstre de puissance, Nomad IV !  Jean-Paul me dit qu’il avait bien remarqué qu’il planait trop bas, normalement on n’aurait pas dû mouiller le pont quand on turbinait.

Arrive l’heure de l’apéro, que l’on prend sur le pont au soleil. On déplie la table, que l’on utilisera dans la foulée pour déjeuner tous ensemble.

Le départ pour visiter le village se fait à 14h15, en 2 groupes. La visite est rapide, une colline avec 10 cabanes et des grosses paraboles et antennes, une petite école et une jolie petite chapelle au bord de l’eau près du quai sur la droite. Nous croiserons que 3 habitants, une femme en quad avec ses 2 enfants, tout sourire, ça respirer la joie de vivre ici ! On va se balader sur le petit promontoire, où l’on fait quelques photos. Il y a d’anciennes tranchées, des abris fait en tôles et sacs de sable, vestiges d’une guerre entre Argentine et Chili pour ce bout de terre quasi inhabitée. C’est l’intervention du Pape qui arrête cette hérésie. La religion chrétienne en Amérique du Sud, c’est extrêmement important, et tant mieux du coup… Je ramasse des souvenirs pour Paul, des pattes d’araignées de mer, pince de crabe, et oursin. Puis retour au bateau, pour une partie de tarot que je gagne, apéro et on mange. La soirée continue avec le tarot et je gagne encore, quelle journée !

Au coucher, je récupère ma couchette dans la cabine avant avec Nanou et Franck, et là, une nuit complète en perspective, quel bonheur !

Mercredi 22 janvier

La plus mauvaise nuit alors que ça devait être une super ! J’avais 2 moteurs hors hors-bord dans la cabine, la fatigue n’est plus tenue par le stress de l’action, et le relâchement est de mise. À 2 heures du matin, après avoir essayé les boules kyes, m’être mis la tête sous l’oreiller, je pars dormir dans le carré. Là, le ronronnement du générateur est bien audible, mais il n’y a pas ces montées brutales qui empêchent de m’endormir. Ce que je fais rapidement, car je suis crevé moi aussi ! Hélas, je me réveille une épaule dans le vide, puis quelqu’un monte sur le pont, puis appel vhf, puis à 6 heures rebelote vhf… le soleil est là aussi, du coup je retourne au lit devant, le hors-bord Franck n’est pas arrêté, mais je me repose quand même…

8 heures, debout pour le départ, on lève l’ancre, remplie de kelp.  Petit déjeuner en navigation, avec jus d’orange pressé maison, ça requinque ! On part pour Puerto Williams. Le bateau passe devant une épave qui a fait naufrage sur un haut fond à l’entrée du Beagle. Il transportait des bibles, pour les indigènes.  A priori les voies du seigneur sont réellement impénétrables… les superstructures de ce petit cargo sont encore bien visibles, les mâts de déchargements toujours debout. Juste derrière, un îlot élevé avec une maison de guetteur et surtout un drapeau national attire notre regard.

 On rentre dans une partie du Beagle où quelques îles basses sont propices au mouillage, on y voit un petit voilier, c’est superbe.  Nous remontons côté gauche du chenal pour rester dans les eaux chiliennes. On arrive pour midi, on mouille rapidement et sans encombre, juste devant le petit aérodrome.  Des chevaux en liberté prennent le soleil sur la langue de terre, et une colonie de pingouins monopolise la plage. C’est plutôt sympa.  De l’autre coté par contre, Porto Williams n’est pas particulièrement attrayant, un petit port limite industriel, une ville banale un peu moche… juste au fond de l’estuaire on aperçoit des mâts de voiliers, sorte de petite marina dont un bateau échoué faisait office à l’époque de bar, et fait toujours office de ponton… Philippe, le capitaine part à terre pour faire les formalités, qui risquent d’être compliquées : on n’a pas de sortie internationale d’Argentine, et on rentre au Chili. Nous, nous sommes obligés d’attendre son retour pour pouvoir descendre à terre avec les autorisations.

2 heures, nous mangeons la fin du repas, et Philippe arrive… on a 1 demi-heure pour partir, car c’est trop compliqué, les gars lui ont dit de partir avant que les gradés n’arrivent au bureau, soit 14h30… incroyable !

Le bateau n’a jamais été aussi rapide pour partir d’un mouillage !  L’ancre à peine levée que l’on était à 5 noeuds, les voisins nous ont regardé comme des graves ! L’annexe est restée accrochée derrière, elle fait des bonds jusqu’à au milieu du chenal Oise trouvé la frontière… chut, nous n’avons jamais mis les pieds au Chili !

Du coup, nous sommes redescendus dans le Beagle pendant 1 heure, pour nous arrêter à Puerto Harberton. C’est une jolie crique de 300m de large et 14m de fond dans laquelle la famille Haberton a fondé la première hacienda de Patagonie dans les années 1900, 20000 hectares…

On descend à terre pour visiter les quelques bâtiments, dont un petit musée sur les animaux (en fait que des squelettes de baleines et animaux d’ici) et un bar… mais nous sommes en 2020, la visite est payante… on y va quand même, on visite c’est sympa. On finit par prendre un thé et une douceur au bar qui est dans la maison familiale, et qui bénéficie d’une vue fantastique sur la baie.

Puis, au retour sur le bateau, comme d’habitude, c’est apéro et dîner suivie d’un digestif… c’est duuuuur !. Et pas de quart cette nuit non plus…

Jeudi 23 janvier

J’ai mal dormi, à nouveau, Franck a ronflé et j’ai été obligé d’aller encore dormir dans le carré. La fatigue ne m’aide pas à surmonter le bruit…Du coup, la nuit a été très morcelé, alors qu’elle était sans quart… du coup j’ai du mal. Je me lève groggy, le bateau part, il est 8 heures. On remonte gentiment le Beagle à 7 nœuds, il fait beau. On longe la côte Argentine, je suis de quart à partir de 10 heures. Mais tranquille, car même si Nanou et Leo ne le font pas particulièrement vu le nombre de personnes sur le pont, j’ai David, qui gère avec moi, les endroits de passages. Quelques hauts-fonds, pas vraiment dangereux, c’est plus par plaisir qu’une réelle obligation. On regarde aussi les bancs de kelp qu’on évite, histoire de ne pas en avoir 10 tonnes dans les safrans. Nous sommes au moteur, il n’y quasiment pas de vent, il fait presque chaud, sauf quand une risée passe, tu remets veste immédiatement.

Juste avant Ushuaia, Jean-Paul sort, et veux mettre le j1 et le j3 ensemble, il y a 15 nœuds…On le fait mais tout les 2 on lui dit que c’est peine perdue, c’est un effet venturi qui va s’arrêter dans 1 km.. le vent tombe comme prévu 5 minutes après, on roule tout, puis le temps change.  On récupère le pilote sous la pluie, à 11h30…. les conditions passent extrêmement rapidement… à l’arrivée au port, une demi-heure plus tard, le soleil est déjà de retour. On se met à quai à la même place. Il faut s’y reprendre

à plusieurs fois, car l’espace devant n’est pas énorme, 1m50 à peu près… Le voisin doit avoir des sueurs froides, le bout dehors est pile-poil à la hauteur de son portique et de ses panneaux solaires…

Enfin à quai, on passe au déjeuner. Un bateau espagnol de 17m arrive se mets à couple, difficilement, ils ne sont pas très doués, pourtant eux ils ont toute la place ! Une partie de l’équipage sort pour les aider et éviter d’abîmer les bateaux. Après la sieste, on s’occupe de la suite. On descend les poubelles avec Nanou, un chariot plein, on enlève les bâches et les barres de rod de la soute à voile, ainsi que les bouts. Tout est donné au club de voile. Roxanna est toute contente, c’est elle qui gère les 2, le port et le club, et l’inox est aussi rare que précieux ici.  Pendant ce temps les autres font d’autres tâches.  Le pire est pour Franck, il nettoie à fond la soute et ce n’est pas de trop vu ce qu’il en sort !

Le soir arrivant, on retourne manger au Muchacho, le restaurant du départ, on paye à Jean Paul le resto du coup. Malheureusement au retour il s’aperçoit qu’il a perdu son portefeuille, avec son passeport et toutes ses cartes de crédit, alors qu’il part demain matin tôt… On appelle les taxis rien, puis il retourne au restaurant, toujours rien. Du coup à 1 heure du matin il part avec Philippe au poste de police pour déclarer la perte.

Vendredi 24 janvier

Je suis de retour dans le carré pour dormir. A 5 heures 30, Jean-Paul arrive pour prendre son avion, tout l’équipage habituel ainsi que Pascal et David se lèvent pour lui dire au revoir. Je me retrouve à 6 heures 30, à retourner dans la cabine dormir. Il paraît que j’ai ronfler du coup, et ça je veux bien le croire !

9 heures, petit déjeuner rapide, c’est l’avant dernière journée ici avant de repartir, mais j’ai du mal, tout comme Nanou et Franck, à partir du bateau pour visiter région, on a envie de le bichonner une dernière fois avant de l’abandonner. Finalement je demande ce que je peux faire à Philippe pour aider. Du coup je m’occupe des plafonds dans la cabine de Jean-Paul, de la charnière de l’armoire de la salle de bain, puis j’essaye d’enlever les traces jaunes dur sur le gelcoat.. peine perdue pour ces dernières,  aucuns produits ne les enlèvent. Du coup, je m’attaque à la barre à roue, Philippe voudrait que j’enlève le minimum du vernis abimer pour repasser une couche… c’est vite vu, au bout de 2 minutes je sais déjà qu’il va falloir faire toute la barre à roue… je commence doucement, tâtonne jusqu’à je trouver le bon système : j’ai le couteau de cuisine à lame céramique, je l’utilise en appuyant en marche arrière sur le vernis. Une grosse partie se met à craquer… puis après je racle puis je ponce et enfin je polishe…

Je mettrai finalement la journée mais elle est méconnaissable j’ai bien assuré ! Content de moi.

Ce soir David et Pascal ont invité Christophe Augain à l’apéro. Belle rencontre avec un gars pas fait du tout pour le showbusiness, il est root à souhait, avec sa veste en cuir et laine intérieure digne des bergers (j’apprendrais plus tard qu’il a aussi une ascienda avec du bétail, 200 têtes il me semble, pour occuper l’hiver) super sympa…

Dire qu’il a gagné 3 tours du monde en solitaire, et crée la classe Imoca pour protéger les skippers ! Pascal est l’architecte de tous ses bateaux, et encore de celui qu’il utilise actuellement pour faire ses charter en antarctique, un lévrier des mers 16m.

Puis on parts manger, on les laisse les 3 ensemble. Nanou Franck et moi allons chez Ramos, sympa et bon. Bon débat philosophique devant un verre de rouge argentin accompagné d’un bout de viande d’ici toujours fantastique, et des desserts top, le pâtissier est français ^^

A la sortie du restaurant, on suit Franck qui a la fibre touristique ce soir. On visite à pieds de nuit les magasins d’Ushuaia, et ça se finit en montée-descente dans la ville à travers les rues. Retour au bateau à minuit 30 pour dormir, je squatte la chambre de Jean Paul du coup.

Samedi 25 janvier

7 heures 30, je regarde les annonces immobilières, va falloir trouver…Une annonce sur Vinzier dans mes tarifs ! vite, je sors essayer d’avoir l’agence immobilière. Elle a 2 jours, je laisse un message sur le répondeur, plein d’espoirs. Claude et ses filles passent avec des croissants, elle vient prendre des conseils pour ses assurances avec Franck, c’est compliqué pour les professionnels, l’antarctique et l’arctique sont des endroits que les assurances n’aiment pas travailler.

Vers midi, j’essaye à nouveau d’avoir l’agence, sans succès. Je laisse un message en sms aussi, j’ai bien peur que le numéro à l’international ne lui convienne pas…

Puis je commence à préparer ma valise, demain matin c’est l’avion du retour.  Philippe m’envoie essayer le moteur de l’annexe, qui est de retour de réparation. Le moteur cale 5 ou 6 fois, puis une fois chaud tout va bien. Je fais le tour de la baie pendant 25 minutes, en zigzag à travers les bancs de kelp, sinon c’est le stop et serrage du moteur immédiat. Finalement tout est ok, je rentre péniblement vent de face, c’est pas du planning avec cette puissance de 4cv…

Nous mangeons tous à bord à midi, puis sieste et ça bricole encore.  D’un coup, le vent monte à 40 nœuds sans prévenir, il déroule un génois d’un voisin. Ils sont à 3 pour le rouler à nouveau. J’ai vu le nuage arrivé entre les 2 montagnes du fond, mais je m’attendais pas à autant de vent !

Ensuite Nanou, Franck, David et moi nous allons faire quelques achats, les cadeaux pour la famille. Le départ de Jean-Paul n’empêche pas que les bonnes habitudes perdurent, apéro sur le bateau….

Le soir, on part dîner en ville. On prend l’annexe avec Balazs, Julia et Pascal, on va réveiller Christophe Augain dans son bateau, avec la musique que Pascal lui avait offert lors de son premier Vendée globe, i have the power de Snap. Il n’est pas là, dommage, et le moteur est tombé en rade 4 ou 5 fois. On arrive du coup les derniers à Ramos Générales, le resto est devenu un QG !  C’est aussi l’une des plus vieilles maisons de la ville. Retour identique à l’aller, sauf que là on arrive en même temps que les autres, le vent nous pousse ! On fait le digestif puis on fait un quiz musical jusqu’à 2h30…

Dimanche 26 janvier

6 heures 15 je me lève pour dire au revoir à Franck David Pascal Leo qui partent prendre leur avion. Ensuite je retourne me coucher.

7h30, je me lève j’essaye de faire caca, mais plus d’eau à bord, le voisin a pris le robinet… Je vais donc à terre. Puis je finis ma valise, et petit déjeuner alors que tous dorment. 9h10 je pars faire la douche à terre. 9h25, retour au bateau. Philippe me commande un taxi, je dis au revoir et go pour l’aéroport.

J’ai juste le bon timing, je monte dans l’avion pour Buenos Aires. 

En arrivant je suis estomaqué, l’avion survole la ville pendant 7-8 minutes, c’est énorme ! Paris c’est à peine 2 minutes… Peu d’immeubles par contre.  A la sortie, choc thermique il fait 30 degrés.. j’ai sur moi ma chemise avec ma polaire sans manches ainsi que la veste fourrée pour l’antarctique,  qui est trop grosse pour la valise ! Le pantalon et les chaussures de hautes montagne trop lourdes pour les bagages… j’étouffe !  J’ai pris une nuit dans un hôtel dans une chambre de 4, à 9 € la nuit.  Imbattable !  Le taxi m’est à peu près revenu au même prix, la vie ici n’est pas chère ! L’après-midi je me balade dans le quartier, c’est tout à fait le genre latin, on se croirait presqu’à Lisbonne, et j’adore ça !

Il y a un marché, il fait toute la rue, au moins 2km de long, c’est coloré, ça vit !

De retour à l’hôtel, je fais un petit plongeon dans la piscine, et j’appelle Paul qui vient de se mettre au lit.  Demain, c’est moi qui viendrai le chercher à l’école !  J’ai hâte.

Le soir je sors manger suivant les recommandations de la réceptionniste dans un petit restaurant.  En plein milieu de la rue d’avant, le son d’une fanfare m’attire !  Samba !  C’est parti, dès que celle-ci s’arrête, à 200m une autre commence, c’est la bataille !  Ici personne ne gueule pour le bruit mais plutôt ils viennent tous danser ! A 10 heures 30, faudrait que je mange quand même !  Le resto est bon, et au retour ça continue, avec en plus sur les places du Tango ! Et c’est bien vivant le tango, il y a tous les âges, une mixité incroyable, ça fait du bien de voir ça, à nouveau j’ai foie en l’humanité !  Je rêve de savoir danser correctement du coup ! L’Amérique du sud, c’est addictif ! J’ai une pensée pour une partie de ma famille qui est brésilienne…

Retour à 2 heures à l’hôtel.

Lundi 27 janvier

8h30, le taxi m’attend devant la porte. Dommage c’est trop tôt pour prendre le petit-déjeuner à l’hôtel, va falloir le prendre à l’aéroport. 

30 minutes plus tard j’arrive à l’aéroport, je cherche mon avion, je ne le vois pas…. je regarde mon billet.  Je devais être vraiment fatigué cette nuit, il est à 14 heures, pas à 10 ! Du coup, je perds la matinée… dommage.

Mardi 28 janvier

12h30. J’arrive à Genève. Le panorama me fait croire que je suis de retour à Ushuaia, des montagnes avec de la neige.  Le décalage horaire se fait sentir, et la fatigue du voyage aussi. Je sors prendre le bus pour aller à la gare des eaux vives… je regarde partout rien, ça a l’air d’être le bordel pour y aller… je craque vers la facilité, je prends un taxis… 10 minutes 45 € !  Changement de continent, changement de tarification… ça m’avait coûté 10 € pour 30 minutes à Buenos Aires, avec le coût de l’autoroute…

Je prends le train, le nouveau Léman express.  J’arrive à 14 heures à Thonon pour 11 €… ou le taxi en suisse, plus jamais…

Je mange vite fait chez ma mère, c’est Alexandre mon frère qui est venue me chercher avec ma voiture.  Je monte ensuite faire les courses à la fromagerie de saint Paul, puis je récupère Paul.  Heureux ! Je passe ensuite récupérer ses affaires chez mes beaux-parents, puis courses à nouveau au supermarché et enfin je redescends à Thonon, c’est 19h30… la journée a été bien remplie…

Demain, c’est boulot…

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