Transatlantique 2020

Février 2020 La pandémie du COVID-19 démarre… et mon contrat de travail se termine fin novembre. C’est une opportunité géniale pour faire un grand voyage. Fin novembre c’est la saison des transat !! Je commence donc les recherches sur internet au hasard. Chaque année l’ARC coordonne la traversée d’une flotte de près de 200 bateaux. Il y a quelques offres pour être équipier, mais rien qui me motive. Une place sur un gros 15m avec 9 autres personnes, bof… Je trouve plusieurs annonces sur le site de « vogue avec moi » sorte de bourse aux équipiers pour toute la France. J’y place une annonce et contacte les différents skipper ayant une offre. En fait, ils sont tous déjà complets, sauf 1 qui n’a pas un planning très précis. Son bateau ayant été bloqué à Rome par la pandémie, il doit finir de le préparer avant de pouvoir préciser son projet. Il n’a pas non plus une grande expérience hauturière, du coup ça me refroidit. C’est alors que je reçois un message d’Antoine d’Open Sail, proposant des places pour une transat sur différents bateaux assez modernes (RM 1180, Pogo 30, cata TS42). Le principe est que ces bateaux font la saison été en France et l’hiver aux Antilles, donc ils traversent l’atlantique 2x par an et les places d’équipiers sont commercialisées. C’est clairement la fourchette très haute du budget, mais jusque-là je n’ai pas trouvé beaucoup d’autres options. J’essaie de me positionner sur le RM, mais il y a déjà un groupe de 4 dessus, zut. J’attends un peu et finalement le groupe passe et j’ai ma place 😉 Partageant mon projet autour de moi, je suis surpris que Jean-François, un de mes équipiers sur Mozart, soit sérieusement intéressé. Après quelques jours de réflexion, il s’inscrit aussi. Excellent, on sera 2 sur 4 à se connaitre.

Le 16 septembre, j’organise une visio avec tous les équipiers et le skipper. Il y a Dany, retraité dans le sud. Il fait souvent l’aller-retour vers la Corse avec son bateau. Claude, pas loin de la retraite, n’a pas réussi à se connecter. Ça sera la surprise sur le bateau. Gregory, un habitué du Léman, navigue au club de la Tour de Peiz, Xavier, le skipper breton, Jean-François et moi-même. Le trajet est divisé en 2 parties, tout d’abord Bormes – les Canaries du 15 oct. au ~1nov puis des Canaries – La Martinique du 15 nov. au ~5 déc. Seul Dany et Claude sont inscrits pour les 2, sinon Gregory fait la première et les Evianais la deuxième partie.

9 oct. JF doit annuler. C’est un coup dur, on se réjouissait de partager cette aventure ensemble.

17 oct., départ du bateau de Bormes les Mimosas avec Xavier, Dany, Claude, Gregory et Enis pour qui c’est une première sur un bateau. Ça devient plus concret, mais en même temps c’est hyper frustrant de ne pas en faire partie… encore 1 mois d’attente pour nous. Il ne nous reste qu’à suivre leur progression via la trace GPS, le long de l’Espagne, passer Gibraltar et arriver à Lanzarote marina Rubicon le 31 Octobre.

Nous, on vient de se reprendre un confinement depuis le 29 pour 1 mois ! est-ce que je vais pouvoir partir ?? Marie qui a repris la place de JF a avancé son déplacement pour y être le 31. Moi je suis callé sur le 8 novembre. Pour aller à Lanzarote il y a un vol via Madrid (confiné) ou Londres ou Zurich. Je réserve un vol via Londres mais je reçois une annulation quelques jours après. Celui via Madrid m’oblige à dormir une nuit dans un aéroport ou tout est fermé !!! Donc malgré le prix élevé, je réserve via Zurich, c’est plus sûr. Avec toutes ces mesures je stresse un max et compte les jours. Chaque jour qui passe peut tout faire basculer avec de nouvelles restrictions en France, en Suisse, en Espagne ! Antoine m’établit un ordre de mission pour le convoyage d’un bateau afin de passer outre le confinement français, aucune restriction en Suisse et uniquement un questionnaire pour les Canaries venant d’établir l’obligation d’un test négatif à partir du 14. Le reste de l’Espagne est confinée. J’avais quand même fait un test (négatif) comme demandé pour la sérénité de l’équipage.

La préparation du sac n’est pas si évidente. J’ai bien reçu plusieurs listes avec les éléments clés. Par contre aucune idée du nombre de douches qu’il sera possible de faire ? Combien de sous-vêtements ? bref on fait un mélange pour le chaud et le frais de la nuit et un peu plus que les participants du Vendée Globe, 1 slip par semaine !

J-1, j’ai ma carte d’embarquement, QR code sanitaire et le paquetage est prêt. Après une semaine de grand stress à cause du Covid, j’y suis presque. Je serai soulagé quand j’aurai quitté la France, embarqué dans les 2 avions, sorti de l’aéroport d’Arrecife ! Ça y est c’est parti, départ dans la nuit 4h, personne sur la route, heureusement j’ai mon ordre de mission m’ordonnant de rejoindre le bateau… mission route du Rhum. Départ du vol Genève-Zurich à 7h40. L’aéroport est franchement vide !! Une petite heure d’attente à Zurich et c’est parti pour Arrecife à Lanzarote. Claude et Marie m’attendent à l’arrivée et on fait un petit tour par la partie très volcanique de l’île. Cette île est un champ de lave… parfois en sable, parfois en cailloux tranchants, c’est très difficile de marcher dessus. Arrivé au bateau, je fais la connaissance de Daniel et Xavier. Claude vient de l’Aine avec 10 jours d’expérience en voile. Il va fêter ces 62 ans pendant la transat et donc sa retraite. Daniel vient de Bormes, retraité et propriétaire d’un bateau, il navigue beaucoup. Marie vient de Limoges avec de l’expérience en voile légère et Xavier notre skipper de Concarneau. 1ère soirée à bord, je m’installe et je décompresse totalement du stress.

9 nov. Pour cette première journée, le programme commence par une petite balade de 5-6km le long de la côte sud de l’île. Après être sorti de la ville, il y a plusieurs plages, certaines directement accessibles donc avec du monde et d’autres pratiquement vides. Je ne résiste pas à piquer une tête et l’eau est super bonne. Quelques restos au bout de la balade pour un sandwich caña et l’équipage me rejoint avec la voiture pour un grand tour de l’île. Le centre avec ces vignes plantées dans la lave, le nord pittoresque et la côte ouest des grandes falaises majestueuses. Retour au bateau, crevé d’avoir roulé toute la journée. Une bonne douche en nettoyant mes habits, suivi d’une pizza chez le spécialiste napolitain ! On est tous assez calme et chacun finit la soirée tranquillement.
On commence à regarder la météo pour définir le jour du départ. Ne pouvant pas partir avant le 15 à cause des assurances et éviter tous risques de croiser un cyclone on va changer d’île pour se placer plus à l’ouest. On planifie d’aller à Ténérife le 11 nov. et après on verra… pour l’instant pas de vent le 15 !

10 nov. C’est le jour de l’avitaillement longue durée. On fait une liste pour 20 jours = 40 repas, de là on en déduit la liste de courses. On prend tous ce qui se conserve longtemps, pour le frais on fera des courses juste avant de partir à Ténérife.

11 nov. On n’est pas malin… hier soir on a attaqué le rosé de Dany !!! aie, pas bon pour un départ d’avoir l’estomac retourné. On démarre laborieusement, passage à la pompe à gasoil et départ pour Ténérife vers 11h. On a 125 Miles nautiques que l’on devrait faire en ~20heures. On commence au moteur pour se dégager du dévent de l’île. Après on trouve 8-12 nds de vent, le régale, enfin sur l’eau. Ça glisse comme ça jusqu’à vers 3h du matin.

12 nov. Ensuite c’est le Léman… 2-6 nds de vent arrière nous obligent à faire des zigzags. On arrive péniblement à 15h au port de Santa Cruz.

13 nov. On récupère de la nuit sans trop de sommeil et on reste tranquille… Visite de la ville à l’alentour du port. Santa Cruz de Ténérife est assez moche.

14 nov. Pour le Samedi, on prend la voiture pour faire la route au centre de l’île dans la longueur. Paysage très varié, mais le top est la zone proche du volcan. On se croirait sur Mars. Impossible de monter sur le volcan, trop de vent pour le téléphérique et il faut une autorisation pour limiter le nombre de touristes par jour. De retour au bateau, fatigué, on mange et dodo.

15 nov. On part faire une rando dans le nord-ouest de l’île. Végétation très différente suivant l’altitude. Le départ est au village de surfeurs. Jolies vagues sur la côte atlantique. On part de 100m d’altitude, arrivée vers 800m au Mirador Cabezo del Tejo sur le El Draguillo.

16 nov. Dernier jour avant le départ !! on organise le plein de bouteilles de gaz et les produits frais. L’équipage fait tourner la lessive à plein régime et le bateau ressemble vite à un sèche-linge géant. De mon côté, j’ai opté pour la technique du lavage journalier sous la douche. L’après-midi, dernière promenade et on arrive un peu tard pour la baignade. Le soleil est déjà caché par la montagne. Mais ça n’empêche pas quelques brasses. Dernier repas au resto, ça y est les esprits ne sont plus aux vacances tranquilles aux Canaries. Cette fois on y va !

17 nov. Réveillé tôt par l’excitation… après le petit déj, test de toutes les balises personnelles pour vérifier que le bateau reçoit bien la position GPS si on passe à l’eau. Remplissage des réservoirs d’eau douce après la vaisselle et départ vers 14h. On démarre au moteur pour se dégager des îles et être bien positionnés demain pour choper le vent de la tempête qui passe plus au nord.

18 nov. Après une nuit presque 100% au moteur, on dépasse le dévent de Ténérife et enfin du vent. Ça monte doucement 8-12-15-18-21-25 😊. La mer se creuse, on reprend les automatismes de zigzag que les vagues impriment au bateau.

19 nov. Après une nuit mouvementée le matin se calme. Je peux enfin me reposer de 8 à 11h. Une bulle de mole se forme derrière nous et nous rattrape. Donc aujourd’hui on va au max pour qu’elle nous impacte au minimum. Journée avec de belle vagues et 15-20 nds. Après ces quelques jours, j’ai un peu le mal de mer. Du coup, je ne mange pas beaucoup, ça fatigue, ça n’aide pas… Ce matin j’ai pris un cachet de Mer calme et du coup suis au top pour manger, boire etc… encore une nuit comme ça et la mole sera sur nous demain matin.

20 nov. La nuit fut bien occupée. Comme un petit train, les nuages passent à intervalles réguliers modifiant le vent de NE à E et de forces différentes. On a donc passé la nuit à modifier le cap en fonction des passages. La journée étant calme, le programme de ce matin est de se doucher ! En slip à l’arrière, 2 sceaux d’eau de mer sur la tête, savon marin et léger rinçage à l’eau douce avec la douchette de pont. Pour l’après-midi, quelques envois de spi pour le sport… sinon léger vent d’Est qui nous oblige aux zigzags. Jusque-là, notre moyenne était pas mal, mais maintenant c’est la galère. On finit par lancer le moteur. Au moins on avance et ça charge les batteries et produit de l’eau douce grâce au désalinisateur. Nuit super apaisante, on glisse tranquillement sans se trainer. Au sud, il y a une bande d’orages avec des éclairs intra-nuages pratiquement en continu et comme chaque soir un ciel grandiose avec quelques étoiles filantes. Merci Patcha Mama.

21 nov. Toujours dans cette zone de turbulences, parfois du vent, parfois rien. La bôme fait que de taper et ça fait un bruit d’enfer dans le bateau. Ça gonfle tout le monde… car cela nous empêche de dormir.

22 nov. Pareil…2h de moteur dans la nuit, sinon vent compliqué. Petit déj avec des crêpes, suivi d’une séance de spi de 140m2… un peu difficile à gérer. Après-midi plus relax et pizza fait maison le soir, sympa pour un dimanche, même si on ne sait plus trop quel jour de la semaine on est. On vit au rythme des quarts de 3h.

23 nov. Nuit constante à 5-6 nds en variant le cap suivant la force du vent. Dès le lever du soleil, installation du spi avec une longue séance à la barre pour Xavier. On le garde toute la journée et c’est Polo qui barre (l’auto pilote) quand personne n’a envie de s’y coller. On a dépassé une baleine, on a vu son dos et dès qu’on est arrivé à son niveau, elle a plongé. ~15 nds de vent toute la journée, ça devrait être comme ça jusqu’au bout.

24 nov. Le vent forcit régulièrement. Fin de quart, pressé de passer le relai… et je me fais surprendre par un grain. Ça monte à 24nds, il est temps de rentrer le Genaker de 70m2. 2h de repos et je me réveille inquiet. Dans la cabine avant, le passage de l’eau sur la coque fait un boucan d’enfer. J’ai l’impression qu’on subit une tempête ! Je m’habille et sort. Finalement tout est sous contrôle et normal. Ça continue à monter, un œil sur les grains et on finit le quart avec 1 ris. Au quart suivant c’est le passage à la trinquette et 2ème ris !! 25-30 nds et creux de 3m, c’est ce que je suis venu chercher.

25 nov. On profite d’une bonne houle arrière, 4-5m, pour s’entrainer au surf. Evidemment c’est à qui ira le plus vite…Xavier a bien plus d’expérience, mais aujourd’hui c’est moi qui le remporte avec 11,9nds. On se prépare pour une nouvelle nuit à 25-30 nds et une mer bien formée, on est bien dans la bordure de la tempête Theta. Mauvaise nouvelle, après des rafales allant jusqu’à 31nds, je découvre que le Genaker, que l’on a laissé à poste, fait une poche dans le haut qui prend le vent. Impossible de le dérouler, il faut l’affaler, car c’est un gros risque de le laisser comme ça dans force 7. Il peut se déchirer ou déstabiliser le bateau avec une grosse gite… Xavier devant, essaie de diriger la descente sur le pont, mais le vent l’emmène dans l’eau. Maintenant la voile fait une poche d’eau qui tire sur le mat. A force de tirer, bouger, empanner, on finit par le récupérer. Bilan : une grosse déchirure et un chandelier plié. Beaucoup de chance, cela aurait pu être grave.

26 nov. Ça doit être notre dernière journée avec 25-30nds, ouf ça nous fera des vacances… finalement ça sera encore pour 24h ☹ Le temps difficile fait ressortir les problèmes humains, pas évident de partir avec 4 inconnus. La nuit est assez calme… mais Dany est lessivé, il fait ses quarts en dormant. Ça nous fait un peu flipper, le but du quart étant de réagir face aux problèmes avant que cela n’empire.

27 nov. Ça repart à 30nds avec le lever du soleil et une belle vague qui finit dans la descente, quel réveil !! mon quart finit à 8h, mais je rallonge un peu pour m’assurer que les bourrasques sont derrière nous. Je peux aller me reposer 2h après le réconfort du message du jour de Sandra. On avance vite mais on ne peut rien faire…Dans une mer aussi agitée c’est galère de barrer… du coup mieux vaut laisser faire le pilote. Le bateau bouge beaucoup trop pour faire les réparations :

  • Petit trou dans la GV
  • Usure sur le Spi
  • Déchirure du Genaker

Donc on attend en se faisant secouer. On ne peut même pas faire de bons repas tranquilles, tout vole dans tous les sens. Cette zone de vent fort ne semble pas vouloir bouger, donc on subit jusqu’à l’avoir traversée. Par contre la houle, les vagues, la vitesse, c’est superbe. On fait plus de 200 milles par jour, ça avance bien.

28 nov. La nuit comme d’hab et au petit matin, toujours 20-30 nds de vent et des creux de 4 mètres. D’après les prévisions, cela va se calmer au fur et à mesure. Prochaine étape, se positionner au mieux pour négocier une grosse bulle de mole avant l’arrivée.

Beaucoup de grains, on n’a pas beaucoup vu le soleil…A midi, repas de fête (parmentier de canard) pour l’anniversaire de Claude, 62 ans. On garde le Champagne pour des jours plus calmes. La journée se termine avec ~20nds et on doit passer sous la barre des 1000 miles dans la nuit.

29 nov. Dans la nuit, le vent baisse encore et on finit au matin avec 8-12nds. On décide de contourner la mole par le sud, donc cap un peu plus sud que la route directe. Les vagues sont de nouveau de taille normale… Ça fait du bien quand ça secoue un peu moins. Après la réparation du Genaker, mise en place pour vérifier. Zut encore un trou à réparer. La nuit commence avec pétole, cela semble difficile d’éviter la zone de mole…ça va finir au moteur.

30 nov. Moteur !! pétole
Malgré l’étude des fichiers météo montrant des veines de vent à 5-10nds, on se retrouve dans du 1-5 nds. Impossible de faire bouger 10 tonnes avec ça. Après deux semaines, on commence à venir à la fin de plusieurs denrées. Après 1 semaine, plus de produits frais. Après deux semaines, c’est au tour des œufs, pain, quelques produits sous vide, les pommes de terre, qui arrivent à manquer. Pour la dernière semaine, il nous reste que le sec (riz, pâtes, lentilles) et les boites de conserve. GV et Genaker sont réparées et prêtes à l’envoi.

1 déc. Toute la nuit au moteur avec des fois 6-8 nœuds placé en soutien du moteur. Cela permet de monter la vitesse à 5,5 au lieu de 4,5. Spi pendant 1h, sinon moteur. La tâche du jour est de faire le point sur la nourriture, des fois que la mole continue de décaler notre arrivée. On a de la nourriture pour 8 jours et on doit arriver d’ici 6-7 jours, donc a priori OK mais je sens que cela stresse un peu !! Comme la prévision ne prend pas en compte les soupes chinoises, ça me parait large. D’après les modèles météo, on devrait toucher du vent de 8-10 nœuds dans la nuit.

2 déc. Un début de nuit bien calme… le moteur commence à tousser, la panne sèche n’est pas loin. On vide l’avant dernier bidon de 20l… ça commence à devenir un point de questionnement et de stress ! on imagine bien que l’on doit garder le dernier bidon pour faire de l’énergie, 3h par jour… notre skipper n’étant pas un grand communiquant, on se pose de questions…. Au 2ème quart, 5h-8h, il y a 5-7 nœuds de vent. Pas énorme mais c’est mieux que le moteur. GV et Génois, ça nous fait avancer à 3 nœuds au lieu des 4,5 au moteur et le cap est dévié de 30 degrés. Un dauphin nous rend visite vers 6h45. Comme il fait nuit, on ne voit pas grand-chose, une tache claire qui se balade autour du bateau et fait quelques ploufs. On a porté le Spi ~2h mais c’est galère dès que l’on a que 7 nœuds de vent, donc moteur et il nous reste que 10l de gasoil ! donc fini le moteur ce soir et après on attend le vent ! il parait qu’il doit venir demain ?! Ça crée quand même un stress… avec 20l on tient 1 semaine et on a aussi pour 1 semaine de nourriture et encore 600 miles à parcourir. On fait le point tous ensemble à l’heure de l’apéro et pas d’autres choix, on attend le vent et à priori ça ne doit pas prendre plus d’une semaine…

3 déc. A attendre le vent il finit par arriver, 7-10 nœuds pour la nuit, c’est parfait. Comme on est que deux à savoir tenir le Spi, on passe au Genaker pour la nuit. La journée se poursuit pareil… un sceau d’eau sur la tête dès qu’il fait trop chaud. Ça y est, on a vidé le dernier bidon de gasoil !! mais a priori la bulle de mole s’est résorbée, on avance doucement à 4 nds.

4 déc. Une belle nuit à avancer trop doucement, il faudrait au moins faire du 5 nds ! un superbe lever de soleil, comme presque les 18 autres. Moment de contemplation silencieuse. On va plein sud afin de s’extirper définitivement de cette mole de malheur. Après le repas de midi, c’est la course à la sieste. On voit chacun s’éclipser rapidement… je reste sur le pont pour bouquiner quand Xavier me pointe un animal faisant des sauts ! dauphin ? non il saute sur le leurre de la traine, on a attrapé un poisson. On le ramène doucement, ce n’est même pas difficile pas besoin de gants. Quand il arrive à la poupe du bateau, je découvre une énorme Dorade Coryphène de plus de 1m. C’est impressionnant et n’ayant jamais péché, je n’ai aucune idée de la procédure à adopter pour qu’elle finisse dans l’assiette. Je lui sors la tête de l’eau et c’est à cet instant qu’elle se débat. Quelques coups droits gauches et un nœud de la ligne se défait, notre repas de la semaine s’en retourne à l’océan. C’était la seule prise pendant 3 semaines, on est plus habiles avec les boites de thon et sardines. Comme d’habitude, on finit la journée avec une douche au sceau, apéro, repas (soupe) et une nuit sous Spi. Un peu tendu car le Spi se dévente régulièrement par la houle. Ça nous fait des pulsations et les voiles claquent.

5 déc. C’est le jour où l’on pensait arriver… il nous reste 450 miles. On est maintenant au niveau de la Guadeloupe. Au petit matin, on empanne, direction plein ouest avec vent et houle dans le bon sens. Ça file à 5-6 nds, on retrouve ce doux bruissement de l’eau qui file contre la coque.

6 déc. 20 jours de navigation. C’est ce que l’on avait prévu pour la bouffe… il nous reste env. 350 miles, ce qui fait encore 3-4 jours. Le bord ouest de la nuit nous a fait remonter au nord, on était souvent au-dessus des 300°, donc on passe la journée et la nuit vers le sud 180°-220°.

7 déc. On aurait surement dû empanner avant, mais tous au dodo, alors on fait comme d’habitude après le petit-déj. Pour l’instant on avance dans la bonne direction plein pot. Avec le Spi, on doit faire gaffe aux grains. Mais jusque-là, ils sont tous passés à côté. On sent que l’arrivée approche… contents mais aussi inquiets de perdre ce monde sans pollutions, sans odeurs, sans stress.

8 déc. Même rythme pour la nuit sous un beau ciel étoilé. Ambiance refroidie après un nouvel énervement de Xavier ! On passe sous les 100 miles aujourd’hui. N’ayant pas trop dormi hier, j’ai passé une nuit très difficile. J’ai piqué du nez tout le temps et pas l’impression de dormir quand je suis couché. Au final, mal de tête de fatigue. Comme d’habitude, je dors bien pendant le créneau de 8h à 10h, ça va mieux. Pour la matinée, fin de lecture de mon livre. Pour midi, dernier café !! il n’y a plus de biscuit pour étaler le beurre de cacahuète, plus de biscuit apéro, plus de fromage. Si ça devait continuer, on finirait au Sardines/Melvita, beurk !

Ai aperçu un dauphin faisant des saltos ~50m a l’arrière du bateau, mais il n’est pas venu jouer plus près. Ça doit être une technique de chasse. On continue au sud jusqu’à voir le relief de la Barbade et on empanne. C’est notre première terre… ça s’arrose avec un Ti-punch ! le cap est toujours 20-30° de trop… on fait beaucoup de zigzag pour avancer. La nuit se passe tranquillement.

9 déc. On voit les lumières de la Martinique et on découvre son relief au petit matin, on est à 30 miles de l’île. 20 miles, on avance mais ces derniers miles sont interminables. A mon réveil, ils ont pris une douche et se sont fait tous beaux ! je crois qu’ils se voient déjà débarquer… ça ne dure pas longtemps avant que la chaleur ne les ramène au maillot de bains. Il nous faut encore plusieurs heures avant d’arriver à l’embouchure du canal du Marin. La navigation est très agréable le long de la côte sud de l’ile. On arrive sous Spi jusqu’au canal d’entrée, après c’est tout au moteur jusqu’à notre place à côté du Pogo 30 qui a fait la route sud est arrivé le 6 Décembre. Pour notre première soirée à terre, cela commence mal !! Tous les restaurants sont fermés jusqu’à vendredi et on en a vraiment marre de faire la cuisine… heureusement, des amis de Claude nous apportent des spécialités de Noel et nous fêtons dignement cette transat.

10 déc. Après une bonne nuit au port, chacun prépare la suite de son périple. Dany prend l’avion pour la France ce soir, Claude reste avec ses amis quelques jours, Marie part visiter l’ile jusqu’au 17, Xavier reste au Marin jusqu’au 15 et je vais à Saint-Anne jusqu’au 14 pour ensuite rejoindre ma famille qui arrive en Guadeloupe le 15. Quelle surprise ce matin ! Un autre Pogo arrive avec 2 marins d’eau douce !!! José et un acolyte de port Ripaille ont fait la transat ensemble.

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